12/13/2021

Les précurseurs à la communication

Les habiletés à développer avant de commencer à parler !

Les précurseurs à la communication

En tant que parent, vous voulez évidemment que votre enfant développe ses habiletés langagières adéquatement. Dès sa naissance, votre bébé communique avec vous de différentes façons, soit par des pleurs, des cris, ou du babillage.

Avant même que votre enfant n'émette des sons et des mots, des prérequis se développent. Ceux-ci permettront à l'enfant d’avoir de bons supports sur le plan de la communication. Ces prérequis, ou précurseurs, sont les habiletés langagières qui évoluent au fil des premiers mois de la vie de votre bébé. Comme pour toutes les sphères du développement, certains bébés auront plus de facilité que d’autres à acquérir ces prérequis.

1 - Le tour de rôle

Pour les jeunes enfants qui sont en contexte de jeu, le tour de rôle est un objectif à travailler fréquemment lors de l'apprentissage des règles sociales. Toutefois, avant même que nous soyons rendus à cette étape avec notre enfant, nous devons utiliser le tour de rôle dans un contexte de communication.

En quoi travailler le tour de rôle est-il favorable pour le développement langagier ?

Travailler cet élément essentiel de la communication permet à l'enfant de comprendre que nous avons chacun notre tour de parole lorsqu’on parle, et qu’il est nécessaire de le respecter pour éviter de parler en même temps qu’une autre personne. Lorsque nous voulons redonner un modèle verbal à notre enfant (par exemple, s'il a inversé ou mal prononcé des mots dans sa phrase), le fait de lui avoir montré le tour de parole nous aidera grandement. 

Est-ce vrai que ce précurseur à la communication peut être enseigné à mon bébé avant même qu’il ne dise des mots ?

Eh oui, cet apprentissage peut débuter dès que votre bébé produira ses premiers sons. En babillant en alternance avec lui (par exemple, en disant « ba-ba-ba »), vous lui apprenez qu’il y a un échange entre vous deux. Ainsi, un tour de parole s’installe petit-à-petit.

Comment pouvez-vous travailler cela avec votre enfant?

Vous pouvez faire déplacer des jouets entre vous et les nommer ou dire autre chose à tour de rôle. 

Par exemple, vous pouvez lui mentionner : « C’est à mon tour! Cheval. Maintenant, c’est à ton tour! » ou bien « C’est à moi! La-la-la-la-la. Maintenant, c’est à toi! »

Vous pouvez aussi animer des jouets d'animaux et imiter leur cri à tour de rôle en les promenant autour de vous. Il n’y a pas de limite, laissez-vous guider dans les jeux que votre enfant initiera et profitez de l’occasion pour travailler le tour de parole en jouant avec lui à tour de rôle.

2 - L'attention conjointe

L’attention conjointe : à quoi consiste-t-elle ?

C’est la capacité qu’a l’enfant d'alterner son regard entre l’objet et l’adulte afin de démontrer une intention de communiquer quelque chose concernant cet objet. Cela consiste à regarder la même chose au même moment. Lorsque votre enfant en aura la capacité, il pourra aussi vous pointer l’objet pour se faire comprendre. 

Prenons un exemple. Votre enfant pointe une pomme et vous regarde. Il vient donc d’utiliser l’attention conjointe pour vous communiquer qu’il désire obtenir la pomme. S’il avait seulement regardé la pomme, vous n’auriez pas compris qu’il voulait l’avoir.

Pourquoi est-ce important dans la sphère langagière ?

L’attention conjointe est une capacité d’échange qui est nécessaire pour que votre enfant soit disposé à découvrir de nouveaux mots. Pour comprendre un mot, l'enfant doit être disponible pour regarder l’objet. C'est suite à la compréhension d'un mot qu'il pourra par la suite en faire l'usage.

Prenons un exemple. Vous donnez un morceau de banane à votre enfant en lui disant : « voilà ta banane ». Il regarde la banane que vous déposez devant lui et comprend donc ce que le mot « banane » veut dire.

Comment pourriez-vous stimuler votre enfant à regarder un objet avec vous ?

  • utiliser différents bruits pour attirer son attention
  • utiliser des objets qu’il aime ou qui l’intéressent (ex: sa doudou, sa voiture)
  • faire rouler un objet jusqu’à lui pour qu’il puisse l’attraper
  • jouer à chercher un objet que vous avez caché

3 - Les intentions de communication

Dès sa naissance, votre bébé tentera de communiquer avec vous. Selon ses capacités, il vous manifestera des intentions de communication. C’est sous forme de cris ou de pleurs, par exemple, que votre bébé vous aidera à comprendre ses besoins et ses sentiments, tels que la soif, l’inconfort, et la fatigue. Il vous démontrera aussi sa joie et ses préférences grâce à des sourires et des rires.

Par la suite, votre enfant utilisera le babillage, l’attention conjointe, et le pointage. Viendra ensuite le temps de nommer des mots, de produire des phrases et finalement, de converser.

On comprend donc que la communication n’est pas seulement l’utilisation des mots. Tout débute avec une intention de vouloir communiquer, et de faire comprendre un message. Il est possible que votre enfant nomme des mots, mais qu’il ait peu d’intention de les utiliser pour communiquer.

À quoi servent les intentions de communication?

Elles nous servent à demander, à refuser, à s’exprimer, à commenter, à questionner, à raconter, à décrire, à expliquer, à entrer en relation, etc.

Comment aider mon enfant s’il démontre peu d’intention de communication?

Vous pouvez user de différentes stratégies comme :

  • demander de pointer
  • demander de vous guider vers l’objet dont il veut vous parler
  • demander de faire un signe avec la tête
  • demander de répondre à une question
  • lui poser des questions
  • exploiter ses intérêts
  • offrir le modèle
  • faire des oublis volontaires
  • offrir des choix
  • féliciter ses initiatives
  • offrir du matériel hors de sa portée
  • offrir un support visuel
  • offrir des pictogrammes

4 - Le contact visuel

Le contact visuel est la capacité d'échanger un regard entre deux personnes. C’est vers l’âge de 6 mois que vous pouvez vous attendre à ce que votre enfant puisse échanger ce contact en vous regardant dans les yeux. Il comprendra par la suite les différentes expressions faciales.

Pourquoi le contact visuel est-il important dans la communication ?

Nous utilisons régulièrement le contact visuel lorsqu’on communique avec les gens de notre entourage afin de maintenir une conversation appropriée. En soutenant notre regard, nous démontrons de l’intérêt, une ouverture, ainsi que la disponibilité à écouter. Malheureusement, il pourrait arriver qu’on se sente peu écouté si un bris de communication se produisait, par exemple si notre interlocuteur regardait ailleurs. Lorsque vous obtenez un échange visuel, vous permettez à votre enfant de bien voir l’articulation de votre bouche, ce qui pourra l’aider dans l’apprentissage de la production des sons.

À quoi d'autre le contact visuel peut-il servir ?

  • à manifester le désir d’entrer en communication
  • à démontrer et à comprendre les émotions
  • à valider une information
  • à observer les différentes réactions
  • à communiquer si vous aimez ou détestez quelque chose
  • à démontrer si l’autre personne est d’accord avec vos idées, etc.

Comment pourriez-vous aider votre enfant à avoir un bon contact visuel ?

Vous pouvez :

  • vous mettre à sa hauteur
  • le regarder dans les yeux en lui parlant, ainsi que lors du changement de couche, en lui donnant à boire/à manger, etc.
  • nommer votre enfant par son prénom
  • déposer votre main sur lui pour attirer son attention
  • mettre des jouets à la hauteur de vos yeux
  • varier les intonations de votre voix
  • utiliser des objets colorés, sonores ou lumineux pour attirer son regard
  • lui demander de faire une petite pause de son jeu et de prendre le temps de vous regarder
  • lui mentionner : « regarde-moi dans les yeux s'il te plaît »
  • créer des jeux pour échanger vos regards, comme échanger des jouets entre vous, se chatouiller, faire le jeu des coucous
  • utiliser le miroir pour faire des grimaces et vous désigner
  • féliciter l'enfant lorsqu’il a réussi à soutenir son regard, etc.

5 - L'imitation motrice et verbale

Lorsque nous parlons de communication, il faut se rappeler qu’il y a plusieurs étapes qui sont importantes et nécessaires, et ce, dès le plus jeune âge de votre enfant. L’imitation motrice (avec des gestes) et l'imitation verbale (avec les sons et les mots) en font partie.

Dès les premiers sons que produira votre bébé, vous serez tenté de reproduire les mêmes que lui. C’est une excellente idée puisqu’il pourra à son tour produire des sons en vous imitant. En l’exposant de la sorte à différents sons vocaux, vous lui permettez de vous imiter et de reprendre exactement les mêmes sons. Lorsque votre bébé produira différents sons et que cela occasionnera une réaction de votre part, il sentira que cela a un impact autour de lui, ce qui l’invitera à communiquer davantage.

Et les gestes, dans tout ça ?

Votre enfant devra développer un langage non-verbal en grandissant. Tout d’abord, il devra associer des gestes à certains mots (par exemple, « bye-bye », ou « bravo »). C’est pourquoi l’exposer à différents gestes en lui parlant sera aidant pour lui dans ses apprentissages. Il pourra ainsi vous imiter et réussir à communiquer de cette façon.

Comment pourriez-vous stimuler l’imitation motrice et verbale?

  • en reprenant les sons qu’il produit (ex. « ba-ba-ba », « ageu », « agrrr »)
  • avec des chansons comme « Tape tape tape, pique pique pique… », « Y’avait des crocodiles », etc.
  • en faisant différents mouvements devant le miroir
  • en nommant l’action produite avec geste (ex. lancer, tourner)
  • en produisant des bruits d’animaux avec le geste (ex : le lion, le serpent, l’éléphant, etc.)
  • en jouant à faire « bye-bye » et à se cacher
  • en tapant des mains en lui disant bravo
  • avec des jeux de coucous
  • en utilisant des gestes qui reviennent souvent comme donner un bisou
  • en utilisant des onomatopées comme « boom », « pouf », « vroom », etc.
  • en pointant l’action et une partie du corps (ex. « regarde » et pointer les yeux, « sens » et pointer le nez, « écoute » ou « j’entends » en pointant les oreilles, etc.)

6 - La capacité d'attention

La capacité de l’attention se développe dès le jeune âge de votre enfant et elle sera en émergence, pour certains, jusqu'à l'âge scolaire. Vous remarquerez que l’attention de votre enfant peut varier entre quelques secondes et plusieurs minutes tout dépendant de ce à quoi il est exposé. Vous pouvez stimuler ce précurseur à la communication en lui offrant diverses possibilités d’exercer son attention.

En quoi l’attention a-t-elle une influence sur le développement du langage?

Votre enfant aura besoin d'utiliser son attention afin de découvrir le monde qu’il l’entoure. C’est à ce moment qu'il pourra repérer quelque chose d’intéressant, et qu’il pourra ensuite l'observer, le pointer et le nommer. Éventuellement, il sera même en mesure de raconter sa découverte. Il est primordial d’être attentif afin de recevoir de l’information, de l’assimiler et de l'emmagasiner de manière à pouvoir verbaliser ses connaissances. La capacité d’attention est, chez certains enfants, un plus grand défi et des difficultés pourraient persister dans le temps.

Comment pourriez-vous stimuler la capacité à maintenir l’attention de votre enfant ?

  • promener un jouet près de lui et l'encourager à essayer de garder le contact visuel avec ce jouet
  • lui offrir du matériel coloré, texturé, musical
  • lui pointer la personne qui parle afin qu’il puisse la regarder avec vous
  • lui offrir du matériel selon ses intérêts
  • profiter des moments calmes comme le bain ou avant le dodo pour échanger davantage avec lui
  • fermer la télévision et la radio
  • regarder des livres

Pour les plus grands:

  • poser des questions et faire des jeux de mots en voiture
  • demander de terminer un jeu avant de s’en procurer un autre
  • jouer à des jeux de société avec lui
  • raconter une histoire connue en lui demandant de compléter les phrases interrompues, etc.​

7 - La compréhension non-verbale

La compréhension non-verbale est la façon de comprendre sans utiliser les mots. Nous utilisons cette faculté beaucoup plus souvent que nous ne pouvons l’imaginer. 

Les enfants commencent très jeunes à comprendre les gestes et les expressions faciales des gens autour d’eux. Votre enfant se référera à vos réactions afin de se laisser guider dans sa façon de réagir, en particulier avec les expressions telles que la joie, la tristesse, la colère, la peur et le dégoût. Par exemple, si votre enfant tombe et que vous vous affolez en démontrant de l’inquiétude dans votre visage, il se peut fortement que sa réaction soit différente que si votre visage était resté neutre. Vous lui aurez communiqué qu’il avait raison de paniquer puisqu’il aura compris votre langage non-verbal.

Il comprendra la signification de certains gestes avant même d'utiliser des mots (par exemple, oui et non, se faire tendre les bras, taper sur votre cuisse pour qu'il vienne s'asseoir sur vous, lui faire signe de venir vous voir, etc.).

Vous pouvez mentionner à votre enfant les comportements non-verbaux que vous décodez dans le quotidien pour qu’il puisse les comprendre à son tour. Par exemple :

- « je crois qu’elle a envie de pipi parce qu’elle se tortille »;

- « elle a froid aux mains parce qu’elle frotte ses mains ensemble »;

- « il est fatigué parce qu’il se frotte les yeux»;

- « le chien se lèche les babines parce qu’il veut le biscuit ».

En quoi la compréhension non-verbale est-elle importante sur le plan langagier ?

Le langage comporte un volet réceptif et un volet expressif. Décoder la partie non-verbale d’un message fait partie du volet réceptif. Le langage non-verbal est un précurseur important puisqu’il permet de communiquer avec tout le monde sans avoir besoin de parler une langue spécifique ou d’avoir atteint un vocabulaire très riche. Au fil du temps, votre enfant pourra comprendre et se faire comprendre en utilisant cette habileté.

Comment pourriez-vous stimuler la compréhension non-verbale de votre enfant ?

  • mentionner à votre enfant votre geste lié au mot (ex : oui/non, « regarde, mes yeux sont fâchés », bravo en applaudissant, pouce vers le haut pour féliciter / encourager)
  • vous regarder dans le miroir et imiter différentes émotions
  • faire des jeux de mimes d’action
  • faire des jeux avec les signes de la main pour dire « viens » ou « attends »
  • gesticuler vos actions
  • encourager l'enfant à saluer avec sa main, à envoyer un bec soufflé, etc.

8 - Verbalisation et babillage

Avant l’apparition des mots, votre enfant aura un passage d’exploration des bruits qu’il pourra produire avec sa bouche. Il verbalisera ces sons sous forme de gazouillis, et ce, de l'âge de 3 mois jusqu'à environ 6 mois. Ces sons ne lui serviront pas à communiquer pour l’instant. Pour votre enfant, ils seront une façon de découvrir les différents sons qui pourront sortir de sa bouche.

Lorsque votre enfant produira un nouveau son, il s’amusera probablement à jouer avec les différentes intonations de sa voix. Il poussera aussi de petits cris, fera de « petits pets » avec ses lèvres, en plus de faire de belles vocalises dans la maison.

Quand l'enfant aura autour de 6 mois, le babillage apparaîtra et les sons changeront pour devenir des syllabes comme « ba-ba-ba » ou « ma-ma-ma ». Votre enfant sera encouragé à reproduire les sons auxquels il sera exposé et les reproduira par imitation. Il est donc favorable pour son développement langagier de verbaliser différents sons et de réagir face à cette nouveauté pour l’encourager dans son exploration phonétique.

Amusez-vous à stimuler l’échange verbal en alternant à tour de rôle ces petites combinaisons de sons. Vous entendrez les sons « p », « b », « m », « t », « d », « n » au départ puisque ce sont les sons les plus faciles à produire.

Comment pourriez-vous stimuler le babillage chez votre enfant ?

  • imiter les mêmes sons que lui
  • profiter du moment du bain ou du changement de couche pour échanger avec lui
  • lui pointer votre bouche
  • vous mettre à sa hauteur pour qu’il voie votre bouche bouger
  • animer une marionnette en produisant des sons
  • applaudir et le féliciter lorsqu’il produit les sons
  • imiter les mêmes sons que lui

9 - La catégorisation

La catégorisation est l’habileté à regrouper les éléments dans les bonnes catégories à partir des mots que l'enfant connaît et de ceux qu’il apprendra.​

Dans sa première année, votre enfant sera exposé à beaucoup de vocabulaire et il fera des associations qui lui permettront de comprendre la signification des mots. Par la suite, lorsqu'il utilisera les mots pour communiquer, il aura besoin de les classer pour y avoir accès plus facilement. Par exemple, si vous demandez à votre enfant ce qu’il veut manger, il aura besoin d’avoir accès à la catégorie des aliments qu’il connaît pour vous nommer ce qu'il désire.

Plus il grandira, plus les catégories se préciseront pour votre enfant. Par exemple, il pourra trier les animaux en sous-catégories comme les animaux de la ferme, les animaux de la jungle, les animaux domestiques, etc. Il pourra nommer des moyens de transport qui sont utilisés dans le ciel, dans l’eau, au sol, etc. Au fil du temps, il pourra observer les similitudes et les différences des objets, ce qui lui permettra de distinguer davantage les particularités et ainsi, il pourra mieux catégoriser.

En quoi la catégorisation a-t-elle un impact sur le langage ?

La catégorisation est importante dans le développement du langage puisqu’elle permet à l’enfant de classer les différents mots auxquels il est exposé. C’est en catégorisant les mots dans sa tête qu’il pourra les trier et les enregistrer dans différents petits tiroirs. Cela lui permettra de retrouver les mots plus facilement lorsque viendra le temps de les nommer, de répondre et de réfléchir.

Comment pourriez-vous aider votre enfant avec la catégorisation ?

  • regarder des livres qui abordent des thèmes d’une même catégorie
  • lui nommer quotidiennement la catégorie des objets qui l’entourent (ex. « voilà ta banane, c’est un bon fruit », « il y a beaucoup de moyens de transport ici : une voiture, un camion et une moto », etc.)
  • utiliser les jouets qu’il possède déjà et les regrouper avec lui par catégorie
  • inviter votre enfant à ajouter des objets à la catégorie que vous venez de former
  • en voiture, nommer ce que vous voyez et nommer la catégorie

Lorsqu’il sera un peu plus grand :

  • faire des devinettes
  • trouver l’intrus parmi plusieurs éléments
  • nommer à tour de rôle des mots qui vous font penser à une même catégorie

Amusez-vous avec votre enfant en utilisant le matériel que vous possédez déjà et profitez des moments de routine pour travailler les précurseurs à la communication, qui sont très importants pour le développement langagier !

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