Épisode 45

45. Le modèle de réponse à l'intervention – avec Pascal Lefebvre

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As-tu déjà entendu parler de la réponse à l'intervention ? Sinon, peut-être que tu connais ses autres noms, comme l'acronyme RAI, ou bien le nom « système de paliers multiples » …

Ça te dit toujours rien ? Pas de problème ! Dans cet épisode, Pascal nous explique ce qu'est le modèle de réponse à l'intervention, pourquoi il est important, et comment les intervenants en milieu scolaire peuvent s'en servir. 

Qu'est-ce que la réponse à l'intervention ?

Peu importe le nom qu'on lui donne, le modèle de réponse à l'intervention porte cette définition : c'est une façon d'organiser l'école pour mieux répondre aux besoins des élèves. Concrètement, pour suivre ce modèle, les écoles vont mettre en place des mesures (ou des « voies d'action ») dans le but d'aider les élèves lors de leurs apprentissages scolaires.

Pourquoi la réponse à l'intervention est-elle importante ?

De plus en plus, les classes à l'école contiennent une variété d'élèves qui se distinguent par leur culture, leur religion, leurs intérêts, leur comportement, leurs forces, leurs faiblesses, etc. ! Les enseignants ont donc besoin d'aide pour répondre aux besoins variés de chaque élève. 

Examinons quelques scénarios ensemble !

Scénario 1

Jacob, ton fils de 2e année, a de la difficulté en lecture. Tu en as parlé avec son enseignante, et vous avez trouvé quelques solutions ensemble, mais les difficultés de Jacob persistent. Que peux-tu faire pour l'aider ?

Selon la méthode traditionnelle, ton fils devra se faire évaluer par un professionnel, comme un orthophoniste, un neuropsychologue, un travailleur social, un orthopédagogue, un ergothérapeute, etc. Ce spécialiste rencontrera Jacob pour voir s'il a réellement un problème (et si oui, il cherchera à l'identifier). Ensuite, un plan d'intervention sera dressé pour lui. 

Mais il y a un problème : les spécialistes de l'école n'ont pas de disponibilités pour voir Jacob. Ce n'est pas un cas assez urgent pour eux, et ils ont déjà une super longue liste d'enfants à évaluer ! Est-ce que tu vas abandonner tes démarches ?

Étant une bonne maman, non ! Tu fais des recherches, et tu finis par trouver une clinique privée qui évalue des enfants de l'âge de Jacob. Toute contente, tu appelles à la clinique pour avoir un rendez-vous, et paf ! Tu frappes un mur : on te dit que tu dois attendre sur une liste d'attente. 

Résolue à aider Jacob, tu demandes quand même si la liste est bien longue, histoire de voir si ça vaudrait la peine d'y inscrire ton fils ou pas. La réponse ? Ça dépend, c'est variable, on ne sait pas trop, peut-être quelques mois ou quelques années… 

Tu appelles donc à une autre clinique, et on te dit exactement la même chose.

Ouf ! Qu'est-ce qui arrive à Jacob ?

Il attend patiemment sur les listes d'attente des cliniques du coin, et enfin, par miracle, l'une d'elles t'appelle pour te dire qu'un spécialiste peut rencontrer Jacob pour l'évaluer. 

Et après l'évaluation, est-ce que Jacob a un suivi ? Non, même pas ! Il doit attendre encore une fois sur une autre liste d'attente pour avoir de l'aide !

Avec tout ça, Jacob a maintenant 11 ans et ses notes empirent de plus en plus. Les professeurs semblent même être d'accord pour qu'il reprenne sa 5e année. Frustrée, tu ne comprends pas pourquoi Jacob n'a pas pu avoir l'aide dont il avait besoin au moment où il en avait besoin ! 

Malheureusement, des enfants comme Jacob, il y en a plein. 

En tant que propriétaire d'une clinique privée, je peux te dire que malgré toutes mes bonnes intentions, je n'arrive pas à voir les enfants de tous les parents qui cognent à ma porte. C'est triste, mais c'est la réalité. Même si je passais mes journées entières (sans dormir) à voir les jeunes qui ont besoin d'aide à l'école, je n'arriverais pas à tous les rencontrer. Et je ne suis pas la seule ! C'est le cas de presque tous les spécialistes de la région ! 

Pourtant, l'idée de faire évaluer l'enfant avant de lui offrir de l'aide est logique. Le même principe s'applique dans le domaine médical, et ça fonctionne ! Le diagnostic (ex. otite) mène au traitement (ex. antibiotiques), et non le contraire ! 

Mais est-ce que c'est vraiment la meilleure méthode pour aider les jeunes qui, comme Jacob, présentent des difficultés à l'école ? Non ! Ça crée plutôt de grands délais avant que l'enfant puisse avoir l'aide dont il a besoin, et c'est ce que je vois tous les jours dans ma clinique.

Avec le modèle de réponse à l'intervention, l'enfant en difficulté peut obtenir de l'aide tout de suite, sans avoir à se faire évaluer.

Si l'école de Jacob avait utilisé cette technique, Jacob aurait pu avoir de l'aide et éviter d'être en échec !

Scénario 2

À l'école de ton fils de 8 ans, plusieurs élèves présentent des difficultés en lien avec les apprentissages. 

Est-ce que tous ces élèves ont un trouble d'apprentissage ? Pas nécessairement. 

Ainsi, le modèle de réponse à l'intervention permet de déterminer lesquels parmi ces élèves ont réellement un trouble d'apprentissage, et lesquels ont des difficultés causées par d'autres situations (ex. le comportement).

Scénario 3

Ta fille de 7 ans est dans une classe où la moitié des élèves sont en difficulté. Lors du dernier examen, seulement une faible majorité a atteint la note de passage (et ta cocotte n'en faisait pas partie).

Est-ce que tous ces élèves devraient se faire évaluer et être suivis par l'orthopédagogue scolaire ? À moins que l'orthopédagogue ait des journées de 72 heures, 8 jours par semaine, c'est impossible ! 

Il doit bien y avoir une autre option, non ? Oui, et tu dois bien voir où je veux en venir ! 

Eh oui, la solution est le modèle de réponse à l'intervention. Grâce à cela, l'orthopédagogue peut travailler en collaboration avec l'enseignante et aider les élèves de la classe sans les prendre un par un dans son bureau. 

En réalité, les difficultés de ta fille sont causées par plusieurs facteurs, et les méthodes d'enseignement de son enseignante en sont un. En aidant l'enseignante, l'orthopédagogue va donc aider ta fille et les autres élèves qui ont de la difficulté !

Comment la réponse à l'intervention fonctionne-t-elle ?

Bon, c'est bien beau, tout ça, mais comment on fait pour utiliser la réponse à l'intervention (ou, en bon Québécois, « comment ça marche ? ») ? Pascal m'explique que le modèle de réponse à l'intervention comporte deux clés très importantes : la collaboration et les bonnes données.

La collaboration

Comme on a appris plus tôt, l'enseignant doit collaborer avec les différents intervenants en milieu scolaire afin d'aider les élèves de sa classe de manière plus efficace. Des études ont même démontré que cette façon de faire donne souvent de meilleurs résultats que l'approche individuelle, qui consiste à aider chaque élève un par un !

Les bonnes données

Quelques fois au courant de l'année, les professeurs vont donner des exercices de dépistage aux élèves de leur classe pour chercher à voir dans quels niveaux académiques ils se situent. Le but n'est pas de catégoriser les élèves, mais plutôt de voir les points forts et faibles de chacun d'eux pour être en mesure de leur apporter le soutien nécessaire. 

Qu'est-ce que les résultats de ces tests fournissent ?

Premièrement, ils permettent à l'enseignant de voir si ses méthodes sont bonnes.

Si la majorité des élèves ne répondent pas à ce qui est attendu d'eux, l'enseignant choisira sûrement de revoir sa méthode d'enseignement et d'obtenir de l'aide d'autres intervenants. Une pierre, 23 coups ! 

D'un autre côté, si la majorité des élèves a répondu à ce qui est attendu d'eux, l'enseignant saura que sa méthode d'enseignement est bonne, mais que quelques élèves ont besoin d'un peu plus d'aide.

Deuxièmement, avoir les bonnes données permettra de voir dans quel palier l'élève se situe. On commence habituellement par le premier palier (à moins que l'enfant ait de très grandes difficultés), et on passe au suivant si l'élève ne semble pas y répondre (d'où le nom « réponse à l'intervention »). Voici une brève description des trois paliers :

Palier 1 (palier d'aide pour tous les élèves)

Avec l'aide d'orthopédagogues et d'autres intervenants, l'enseignant présente sa matière de manière à permettre à la majorité des élèves de bien la comprendre.

Palier 2 (palier d'aide supplémentaire)

Les élèves qui n'atteignent pas tout à fait les objectifs qui leur sont demandés sont divisés en petits groupes selon leurs faiblesses. Un orthopédagogue ou un autre intervenant apporte son aide à ces petits groupes. Un professionnel, comme un orthophoniste ou un psychologue, peut guider l'orthopédagogue et ainsi offrir un service indirect aux élèves.

Palier 3 (palier d'aide spécialisée)

Les élèves dont les difficultés persistent malgré l'aide qui leur a été apportée dans le cadre du palier 2 obtiennent de l'aide plus spécialisée, que ce soit d'un orthopédagogue, d'un orthophoniste, d'un psychologue, etc. Il est peut-être nécessaire de procéder à une évaluation plus complète de ces enfants.

Est-ce que le modèle de réponse à l'intervention est utile pour les enfants plus vieux ?

Pascal me dit que oui ! En général, le modèle est utilisé de manière préventive en maternelle, première, deuxième et troisième années, mais il peut aussi être très utile pour les élèves de quatrième, cinquième et sixième années, surtout si certains élèves se retrouvent avec de nouvelles difficultés.

Au secondaire, est-ce que le modèle de réponse à l'intervention existe ? 

Encore une fois, oui ! Par contre, le modèle porte d'autres noms, comme « système d'alarme préventif ». Au lieu de faire des exercices de dépistage, les écoles obtiennent des données sur les élèves en vérifiant les présences, le comportement et les résultats scolaires.

En tant que maman, que peux-tu faire pour aider ton enfant avec ses apprentissages ?

Pour commencer, tu peux te renseigner pour savoir si l'école de ton enfant utilise le modèle de réponse à l'intervention.

Si oui et que ton enfant te dit qu'il a fait des activités dans un petit groupe, ne panique pas ! Ça ne veut pas dire que ton enfant est en difficulté et qu'il doit se faire évaluer par un professionnel. Ton enfant est tout simplement en train d'obtenir l'aide dont il a besoin (deuxième palier), et dans la plupart des cas, ce sera suffisant pour le remettre sur la bonne voie.

Tu dois aussi garder en tête qu'un diagnostic ≠ de l'aide à l'école. C'est un plan d'intervention, et non un gros rapport présentant un diagnostic, qui permet aux enfants d'avoir de l'aide plus spécialisée dans leurs apprentissages (troisième palier). 

Est-ce que les interventions en groupe sont efficaces ?

Oui, oui, oui ! Voici les explications que Pascal aime donner aux parents qui se questionnent à ce sujet :

  1. La classe est un groupe. Si l'enfant est constamment vu individuellement, il ne s'habituera pas au contexte de groupe et ça pourrait nuire à son cheminement scolaire.
  2. Dans la classe, l'élève peut moins participer parce qu'il y a beaucoup d'autres enfants. Dans un groupe de 3 ou 4, par contre, il doit participer. Ça l'aide à savoir interagir en contexte de groupe, et ça lui permet aussi de travailler sur ses points faibles. 
  3. L'enfant ne se sent pas comme si on lui avait collé une étiquette. Il ne sait pas, lui, que la dame qui vient faire des activités en groupe avec lui est là parce qu'il a besoin d'un peu plus d'aide. Pour lui, c'est amusant de se retrouver avec d'autres élèves de sa classe !
  4. L'enfant apprend à communiquer avec les autres amis de sa classe, pas juste avec un orthophoniste ou un autre spécialiste. C'est beaucoup plus utile !

Bien sûr, il est parfois plus efficace de faire des interventions individuelles avec certains élèves (selon leurs difficultés), mais les interventions en groupe sont un très bon départ !

Que peux-tu retirer de cet épisode ?

Il n'est pas toujours nécessaire de procéder à une évaluation pour aider ton enfant avec ses apprentissages scolaires. Souvent, un enseignement de qualité dans la classe, ou bien des ateliers de groupe suffisent. 

Donc, si l'école de ton enfant utilise le modèle de réponse à l'intervention, tu n'as pas à t'inquiéter ! Tu peux être certaine que ton enfant aura l'aide nécessaire au bon moment.


Si ce n'est pas déjà fait, va écouter la première entrevue que Lorianne a faite avec Pascal (l'épisode 42) !

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